Une demi Tuscany Trail vaut mieux que rien du tout

Après quelques épreuves de bikepacking en solo, nous avions envie, avec Capucine, de faire une épreuve en duo sans trop se soucier du chrono. Quoi de mieux dans ce cas que d’aller traverser la Toscane début juin !?! C’est le programme de la Tuscany Trail avec ses 550 km et l’occasion de découvrir des paysages, une culture et une gastronomie. Avant de partir nous avions déjà un bon aperçu avec la vidéo de Bombtrack et notre star (inter)nationale Clém Shovel.

Nous avions prévus dès notre inscription de partir en avion, mais sachant qu’Adrien (avec qui j’avais fait les derniers jours de la Divide) était également inscrit, pour trois personne c’était plus rentable de faire le trajet en voiture pour descendre vers la Toscane. Nous avions notre convoi, la galère des vélos dans l’avion ce sera pour une autre fois.

Pour moins subir les 1400 km de Lille à Massa, le trajet a été séparé en deux parties. Le départ étant le dimanche, nous sommes partis le vendredi de Lille pour arriver le samedi après-midi pour profiter un peu, tant sur la route que sur le lieu de départ.

Le premier soir, après avoir traversé les Alpes, nous nous sommes arrêtés dans le Piémont pour apprécier la douceur de son climat au bord du Lac de Viverone. Un très bon premier contact italien avec une nuit dans un camping typique avec un accueil chaleureux par un gérant polyglotte mais aussi par les moustiques.

Le lendemain, il ne nous restait que quelques centaines de km à travers les rizières pour arriver en Toscane et pouvoir se poser et se préparer pour le départ du lendemain. L’arrivée étant 300 km plus au sud, nous décidions de laisser la voiture au départ, c’était plus rapide, plus simple et l’organisation indiquait un parking en face du commissariat, parfait. Contrairement à d’autres pays (et un en particulier…) les liaisons en train sont régulières et acceptent les vélos sans réservation ni surcoût, cela facilitait encore plus la tâche.

Arrivant assez tôt à Massa nous décidions d’en profiter pour voir la mer… Mais à part des alignements de restaurants et d’accès privés, le front de mer est accessible (gratuitement) uniquement par un accès public de 2 m de large et un ponton, autre culture, autres mœurs. Même en allant dans un des restaurants, la vue sur la mer nous étaient coupées par un mur, mais bon, l’essentiel était pour nous de reprendre des forces avant d’attaquer la préparation du matos.

Sur le lieu de départ, nous sommes accueillis par l’organisateur Andrea Brochi, avec le pack concurrent, nous avons une carte sommaire du parcours et un détail des différents profils des parties de la Tuscany, c’est bien pratique, surtout que, pour une fois, mon roadbook était très limité. Les préparatifs avancent, tout est prêt, les participants arrivent au fur et à mesure, l’ambiance est sympa. Nous sommes accueilli sur un stade où nous pouvons camper, il y a toutes les commodités sur place, et même un petit bar qui propose des snacks, l’occasion de profiter un peu. Tous types de vélo et d’équipement défilent devant nous, il n’y a pas dé vélos ou de matériel bikepacking type, chacun est libre de prendre ce qui lui plait, VTT, Gravel, Cyclocross, VTC, Fatbike, porte-bagage ou non, tente, tarp, bivy…. Tant que le matériel nous convient, c’est l’essentiel.

Une dernière virée en fin d’après-midi sur le front de mer pour manger dans une pizzeria au charme commercial italien et profiter une dernière fois de la vue (gratuite) du ponton de Massa et nous étions prêt.

Dernier fait marquant de la journée, lorsque j’ai conduit la voiture sur le parking, en revenant à vélo, les rues semblaient parfumées d’odeurs douces de fleurs, c’était le chèvrefeuille, cette odeur nous suivra tout le long du périple.

Jour 1 – Massa – 144 km – 1589 m – 7h35

https://strava.app.link/LTLtSXZtdU

Pour les 550 km de la Tuscany, le plan était simple, nous devions repartir le jeudi matin, le départ étant un samedi, pour bien faire il fallait arriver le mercredi soir max. ce qui nous laissait 5 jours de roulage, soit 110 km par jour, vu comme ça c’est simple.

Le réveil est tranquille et nous nous mettons en route tranquillement vers le départ après un petit-déjeuner au soleil. Le départ est sur la place de la ville à quelques distance du stade, il y a 750 participants, nous suivons un train de cyclistes sans suivre le GPS, arrivés sur place, les cyclistes se massent, la pression monte, mais pas d’organisateur en vue. 5-10 min avant le départ nous voyons Andrea avec un mégaphone qui nous indique que nous ne sommes pas sur la bonne place. Et là c’est la cohue, nous rejoignons rapidement la bonne place et le départ est donné dans un joyeux bordel.

Les champions du monde du départ tentent de jouer des coudes mais pour les reste l’ambiance est détendue. On entendait régulièrement les cyclistes crier une sorte de « …achina… », je me suis demandais un molent qui était cette « Achina » et quelle était bien connue. Avant de comprendre que c’était un « Machina » pour prévenir qu’il y avait une voiture…

Il y a d’abord une section de route pour sortir de Massa, ensuite nous avancions vers la première difficulté de la journée avec la colline du Montigiano. Avec le nombre de cyclistes, cela se fait en file indienne, il faut parfois attendre sur les passages techniques, l’occasion de croiser Fabrizio Lavuri, nous nous suivons sur FB mais c’est une première rencontre entre deux lacets. Nous sommes tous les deux en Rohloff et en Surly, des bons choix !

La montée permet d’éclater le peloton et la descente encore plus. La pause du midi approche et nous faisons halte, comme beaucoup d’autres à Luccia, une ville fortifiée. Les petits snacks sont parfaits comme ravito, des parts de pizzas et quelques sodas feront l’affaire, d’autant plus qu’il commence à bien faire chaud. De nombreux participants s’arrêteront ici également, notamment un groupe d’italiens installés à côté de nous qui enchaînent les Peroni. Pour les besoins nous les nommeront la team Peroni.

La sortie de la ville se fait par les remparts puis en suivant le fameux aqueduc visible sur les vidéos de la Tuscany.

La suite de l’après-midi se fera sur les Strade Bianche, ses pistes blanches parfois bordées des cyprès caractéristiques des paysages toscans. Sinon le tracés est partagé entre bord de canal, petites routes, chemin roulant, toujours agréable, sauf la poussière qui me fait regretter de ne pas avoir pris de foulard.

Une halte dans l’après-midi à Fucecchio pour une ou plusieurs boissons fraîches et se poser à l’ombre car la température est supportable mais on se déshydrate vite. Nous croisons un ambulance sur le parcours, on apprendra plus tard qu’un concurrent à fait un arrêt cardiaque. Nous n’en saurons pas plus sur son état, mais un deuxième est décédé en se prenant une chaine en travers d’un chemin privé. Il faut mieux être vigilant sur les changements de direction.

La fin d’après-midi se déroule tranquillement sur les pistes toscanes, et la dernière difficulté de la journée s’approche avec le village de Vinci et la colline de Leonardo qui le suit. La fin de la montée au village se fait à pied et nous profitons du village pour chercher un repas à emporter pour le soir. Une épicerie sera parfaite pour nous fournir un panini digne de ce nom. Par contre l’eau commence à manquer, on espère pourvoir en trouver avant de se poser.

A la sortie du village nous montons entre les champs d’olivier vers la maison natale de Leonard de Vinci. Dormir dans les oliviers serait royal mais les locaux sont un peu tatillons avec la notion de bivouac sur un terrain privé. La maison natale du génie multiforme nous permet de profiter d’une vue royale sur ces paysages toscans et un robinet nous permet de nous rafraîchir et de faire le plein d’eau fraîche.

L’eau fraiche nous a un peu requinquée pour continuer notre progression sur la colline de Leonardo, mais le jour diminue, les oliviers disparaissent au profit de la forêt et la route devient piste défoncée. C’est le moment de chercher un lieu de bivouac pour ne pas attaquer une section technique de nuit. En avançant, peu de site semble propice, Adrien qui a pris de l’avance m’envoie un message pour me dire qu’il a trouvé un spot dans la forêt le long du chemin. Nous le retrouvons rapidement et nous nous installons. Le temps de planter la tente, de blaguer sur les sangliers qui rôdent, les moustiques se mêlent à la partie. Le repas est vite avalé, la bouffe accrochée à quelques mètres dans un un arbre, nous allons pouvoir prendre un peu de repos, pas besoin d’être bercé !

Le bilan de cette journée est positif, on a fait plus de kilomètres que prévu, il a fait beau et chaud, c’est sympa et dépaysant. Vivement la suite, le lendemain ce sera Florence…

Jour 2 – Colline de Leonardo – Sambuca – 86 km – 1680 m – 6h57

https://strava.app.link/OapDFp6tdU

Le deuxième jour commence tranquillement à 6h, la nuit a été bonne, pas de rosé le matin, c’est un bonheur de replier le matos. La descente de la colline de Leonardo s’apparente parfois à du VTT de descente avec des marches rocheuses, mais en prenant le temps, ça passe. Une fois la colline descendu nous serpentons entre les champs avant de rattraper le canal qui nous mènera à Florence. La ville et son dôme se laissent entrevoir puis se présentent à nous en s’approchant doucement. L’arrivée dans Florence est attendu afin d’enfin pouvoir la découvrir, ce sera d’autant plus appréciable car ce sera notre spot de petit-déjeuner.

La ville est majestueuse, nous bifurquons vers le centre avec le dôme en point de mire. Nous restons sans voix quelques instants devant ce chef-d’œuvre de l’architecture avant d’être rappelé à l’ordre par nos estomacs. Un restaurant en terrasse face au dôme propose différents types de copieux petit-déjeuners à prix abordables, que demander de plus. Nous prendrons bien le temps de profiter de se ravitaillement. Un moment de partage toujours plaisant, où temps est suspendu et le chronomètre (relatif) de l’épreuve est oublié. Nous croisons nos amis de la team Peroni que nous commençons à bien reconnaître, ils semblent rouler plus vite que nous mais faire aussi des pauses bien plus longues.

Nous réussissons quand même à nous remettre en route en prenant soin de faire de courses car à la vue du road-book, il y a une petite traversée du désert avant la prochaine ville.

La sortie de Florence se fait d’abord le long du canal puis le chemin commence à avoir quelques pourcentages de pentes sympathiques ce qui nous laisse apprécier la vue vers Florence mais combiné à des passages techniques bien caillouteux et à la chaleur, la portion se complique. Les poussages augmentent, l’eau diminue et le temps défile. Sur les 30 km que nous avions prévu de faire en 2h, il nous faudra près de 4h. En doublant un autre concurrent qui semblait avoir beaucoup de peine, je lui ai demandait si tout allait bien et je n’ai pas eu de réponse, il semblait en transe, mais avançait.

Au détour d’un chemin en redescendant furtivement entre des habitations avant de réattaquer les passages en forêt, nous sommes tombés sur un robinet devant une maison, cela ne parait pas grand chose mais un peu d’eau fraiche est parfois d’un grand salut.

Ayant prévu de manger au prochain village, nous l’avons atteint vers 15h30. Adrien encore en avance sur nous, nous avait réservé une table. Je pense que le personnel ne s’attendait pas à recevoir autant de cycliste cette après-midi là, les plats et les boissons étaient limités et ceux qui arrivèrent après nous eurent la mauvaise surprise de se voir refuser une table.

Même si nous avions un peu d’avance la veille au soir, nous n’en étions qu’a 50 km en ce milieu d’après-midi, soit loin de pouvoir boucler les 120 km journalier. Après quelques réflexions nous choisissons de lever le pied, nous enlever cette pression des kilomètres journaliers et d’arrêter de ralentir Adrien en le laissant faire sa course.

Nous reprenons donc la route avec Capucine avec comme objectif d’avancer à notre rythme et de profiter. Par la suite parcours s’apparentait plus aux Strade Bianche entre les vignes de Chianti avec une pause-sieste mémorable entourée de cyprès.

La fin d’après-midi se passa tranquillement en avançant entre les collines toscanes et en recroisant au passage notre team Perroni qui parlait énergiquement (pour ne pas dire à l’italienne) de cette partie techniques du matin.

En redescendant vers Sambuca, une pizzeria nous tendît les bras, le temps de prendre un bon repas et d’aviser pour la suite. La section que nous avions rencontré le midi semblait exceptionnelle et le reste du parcours devrait être plus roulant. Mais le temps que nous avions perdu semblait difficile à rattraper. Quand on choisi de faire un parcours à deux, on choisi aussi de gérer à deux. Le plan était donc de passer une bonne nuit, aller jusque Sienne le lendemain et d’aviser.

Après le restaurant, nous nous sommes orientés vers un hotel 3*, la soirée était douce et la nuit reposante, sans parler du petit-déjeuner, parfait pour bien récupérer.

Jour 3 – 78 km – 1459 m – 5h49

https://strava.app.link/1SERZkeudU

A l’aube du troisième jour, nous nous mîmes en route un peu plus tard que prévu, il faisait toujours beau les pistes blanches étaient agréables. Nous avons croisé la voiture de l’organisation qui faisait des prises de vue des participants. Quelques passages à gué, des chemins plaisants, que du bonheur.

La trace nous faisait découvrir le village de San Gimignano, l’occasion de faire une bonne pause et de croiser d’autres participants.

Le parcours était ensuite tout aussi agréable, à parcours les collines de vignes, vergers, oliviers… Des passages à gué sympathiques, quelques marches rocheuses qui faisaient souffler Capu mais elle commençait à prendre de plus en plus de techniques et donc de plaisir quand ça secoue.

Un des faits marquants de la matinée, c’est qu’on a retrouvé des groupes à plusieurs reprises qui étaient chargé très léger, soit juste une petite sacoche de cintre, ça fait vraiment peu, mais bon…

Pour la pause du midi nous avons fait halte dans le village de Gracciano d’Elsa. Un village-rue en fond de vallée avec un bar multi-services qui faisait de la petite restauration comme dans beaucoup de village italien au contraire des français. Mais celui-ci avait un charme particulier avec dans le fond du bar une salle de jeux que nous devions traverser pour aller aux toilettes. Autant dire qu’à l’allure des joueurs et des observateurs aux quatre coins de la pièce, nous évitions de nous attarder dans cette salle.

La suite du trajet jusque Sienne se passa dans le même esprit que le matin avec un passage par le site de Monteriggioni, qui, comme son nom l’indique est sur un mont au bout d’une montée pavée et caillouteuse à 15%.

L’arrivée à Sienne ne fut pas agréable dans un premier temps par la redécouverte du trafic que nous avions oublié depuis quelque temps. Au passage, on dit souvent que la circulation en Italie est dangereuse, mais c’est parce nous avons pas les codes. En Italie, si on veut passer, que ce soit en voiture, à vélo ou à pied il fait le faire et montrer clairement qu’on le fait, les autres usagers de la route, ralentiront ou s’arrêteront pour nous laisser passer sans animosité, c’est comme ça que ça marche et tout le monde respecte ça (majoritairement fait pas se jeter sous les roues des voitures non plus). En France, si on fait la même chose, les automobilistes ne ralentissent pas ou klaxonnent, c’est pour ça que je trouve que la circulation en France est bien plus dangereuse, voilà quoi.

Arrivée à Sienne nous allons vers sa fameuse place et croisons de nouveau notre team Peroni, l’occasion d’échanger avec eux sur la mésaventure de la veille et sur l’épreuve en général.

Nous en étions donc à plus de 300 km sur la trace, il nous en restait 250 pour finir et nous étions le 3eme jour, il nous restait donc deux jours pour être dans nos temps. Sienne étant la dernière gare accessible sur la trace, deux choix apparaissaient, soit continuer avec la possibilité de finir en retard, soit en rester là et profiter de Sienne et de remonter tranquillement en faisant du tourisme. Nous avons choisi la deuxième option. C’est jamais évident de décider d’arrêter surtout que, pour ma part, j’avais fait une grosse préparation pour la Malteni et la Gravel Tro Breizh qui avait payé et arrêter n’était pas pour moi une option. Mais comme je l’ai dit quand on fait une épreuve en duo, il faut assumer pour deux et là je ne voulais pas faire subir à Capucine un excès de susceptibilité mal placé et la dégoûter du bikepacking, l’humilité fait aussi partie du sport, c’est parfois difficile mais aussi nécessaire. Rouler doit rester un plaisir, si cela devient une contrainte, il faut savoir se poser les bonnes questions.

Donc à partir de là nous avons profité de Sienne, où le camping nous a accueilli et où nous avons pu croiser un couple de français qui voyageaient à vélo, l’occasion d’un échange interessant et d’une prise de contact. Au passage à notre arrivée au camping un régiment de tente, toutes identiques était planté. En fait des espèces de tour operator s’occupe d’organiser votre Tuscany, avec les étapes prévues, le matos porté et installé pour chaque jour et les resto réservés, pour l’esprit bikepacking en autonomie on reviendra.

Le reste du séjour s’est passé entre Sienne, Massa et Pise avec un peu de vin, un peu de gastronomie et beaucoup de patrimoine qui nous laisse un très agréable souvenir.

Après cette expérience et malgré les aléas, je ne peux que conseiller de participer à la Tuscany Trail, c’est une épreuve accessible, assez proche, exotique et dépaysante et où vous pourrez en prendre plein des yeux et plein les papilles aussi. Il est vrai que nous n’avons pas vu l’arrivée mais il vrai aussi que nous aurions pu rester chez nous, devant la télé, mais dans ce cas on aurait pas fait ce qu’on à déjà fait et je n’aurais rien eu à vous raconter… Comme disait Bouddha (il devait être cycliste) l’important reste le voyage et non la destination, et la destination est polymorphe et évolutive, c’est ça aussi la liberté, mon expérience de la divide 2018 et notre séjour au Pays de Galles le confirmeront encore. Et l’avantage également quand on laisse une chose en suspens, c’est que ça laisse une ouverture pour la finir quand nous le voudrons, demain ou après-demain, ou même jamais, la porte reste ouverte.

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