La Grande Draille, ou la transhumance d’un groupe de bête à vélo.

 

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La transhumance est un mouvement périodique qui permet au bétail de monter dans les alpages à la belle saison et de redescendre dans la plaine pour l’hiver. En ce mois de septembre, l’association Peuples et Nature proposait de faire une traversée depuis les Alpes vers la plaine de la Crau pour suivre les chemins de transhumance, les fameuses drailles. Ces chemins emprunté par le bétail pour la transhumance et qui se prêtent bien à la pratique du gravel.

L’association Peuples et Nature est investie dans le tourisme équitable et solidaire en Iran et en France. L’événement actuel été destiné à faire découvrir et sensibiliser sur le pastoralisme à travers une sortie bikepacking de 450 km depuis Grenoble jusque Salon de Provence, avec une arrivée au Domaine du Merle, maison de la transhumance et centre de formation des bergers. Sans frais d’inscription, l’itinéraire se découpé en trois jours avec, en moyenne, 150 km et 3000 m de dénivelé par jour. Nous pouvions si nous le voulions nous rassembler le soir dans un camping et manger ensemble.

Dès que j’ai eu vent de l’événement via le site de Bike Café, j’ai été emballé par le concept et l’état d’esprit, d’autant plus avec la vidéo que je vous conseille de visionner. Etant libre à cette date, le billet de train pris, il n’y avait plus qu’à attendre jusque là.

La veille du départ de la transhumance, les bêtes à vélo se sont regroupées au Café Vélo de Grenoble pour un briefing qui annonçait l’esprit convivial du reste du week-end. Marc et Miguel nous accueillent à bras ouverts, l’ambiance est décontractée, chacun se présente, il ne faut pas chercher d’esprit de compétition, dans le troupeau tout le monde est égal. Beaucoup de locaux et d’habitués à la montagne, je reconnais Fred et Lucie que j’avais aperçu sur les réseaux sociaux, Alex, croisé sur la Divide l’an dernier, il a ramené du monde de Grenoble et alentours et d’autres que je n’ai jamais vu, mais que j’aurais le temps de découvrir, l’ambiance me plait déjà, c’est prometteur.

Le Vercors – 153 km – 3866 m.

Samedi matin, après un démontage rapide du campement, le premier jour démarre par un café avec Pierre, il est journaliste et passionné de vélo et un bon grimpeur de surcroît, c’est toujours intéressant de discuter avec lui. Il est là pour représenter 200 avec Alain.

Quelques minutes plus tard nous nous mettrons en route avec le reste de la troupe, rouler c’est la meilleure façon de faire connaissance. Les rives de l’Isère défilent jusque Veurey, puis vient la montée, assez raide jusque Montaud, il y a plus de pistes ensuite jusqu’au tunnel du Mortier. Déjà pas mal de dénivelé dans la matinée, cela met dans l’ambiance. Des petits groupes se forment et se déforment, nous évoluons ensemble au mieux.

Les pistes défilent ensuite jusqu’aux abords de Villard-de-Lans, c’est vallonné, roulant et beau, que demander de plus.

La descente vers Villard est caillouteuse, mais c’était annoncé dans le Road Book, rien de bien méchant. Une petite montée est nous arrivons à Villard, le temps de se ravitailler et nous nous posons sur une terrasse ombragée, malgré l’altitude, il fait déjà bien chaud. Les échappés et les moins échappés se rassemblent tous là. Le niveau global est bon est assez homogène, les passages techniques sont plus contraignants pour certains, mais il y a des options roulantes pour ceux qui le souhaitent. Cela à beau être une transhumance, le troupeau n’avance pas bêtement, il peut se séparer pour mieux se retrouver.

L’après-midi verra la traversée du plateau du Vercors, c’est montagneux, on évolue majoritairement sur des pistes de ski de fond et des petites routes. C’est la première fois que je traverse le Vercors du Nord au Sud, la vitesse de progression à vélo permet d’apprécier l’évolution de la végétation. Des forêts de feuillus et mixte, l’influence méditerranéenne se fait vite sentir jusqu’a devenir prédominante au Sud.

Dans les faits notables, une première rencontre avec deux patous. Ils étaient derrière une clôture mais montraient bien qu’ils faisaient leur travail. Après la forêt de Lente, nous profitons d’une boulangerie avec Fred de Cévenavélo, Lucie et Pierre. Il restait ensuite le Col de Chironne puis une vingtaine de kilomètres jusque Die.

Le col est la dernière difficulté de la journée, on ne sait pas encore si il y avait 310 m de poussage ou 3 cm selon les riders… Une fois au col, le site est magnifique, si bien que Tony décide de bivouaquer là. Au passage sous ses airs de cyclotouriste avec sa randonneuse, les sandales, le chapeau et le porte-bagage, Tony est un sportif hors pair, il nous déposait tous dans les montées, mais tranquillement quoi. Ah les apparences tout ça tout ça… Le début de la descente se fait sur les chemins, ce qui nous a permis de croiser deux chamois, puis nous rejoignions la route sous la col du Rousset. Le basculement dans la vallée est magnifique.

Après nous être laissé glisser jusque Die, nous rejoignons le groupe au camping. Le temps de s’installer, nous avons rendez-vous au restaurant. C’est l’occasion de partager les impressions de la journée et de me conforter dans l’ambiance détendue de l’événement, c’est amical, familial, détendu, le vélo à la sauce épicurienne. La journée a été chargé, le Vercors est bien passé et la soirée se termine dans la douceur d’une nuit drômoise de septembre.

La Drôme et le Vaucluse – 112 km – 2100 m.

La deuxième journée était la plus courte, la moins dénivelé mais c’est sans compter sur la chaleur et la faiblesse des ravitaillements qui a mis un peu de difficulté dans cette journée.

Comme la veille, la première portion de la journée se fait en fond de vallée. Arrivée à Saillans, la troupe est plus groupée que la veille. Un salon de thé nous accueillera pour le fameux café du matin. Nous attaqueront ensuite le col de la Chaudière qui porte bien son nom. La descente se fait sur les chemins. Nous avançons toujours en groupe, c’est plaisant.

Nous serpentons ensuite entre les collines, la chaleur devient écrasante, la piscine d’un camping fermé nous tend les bras, mais la pause du midi se fera dans un café associatif à Vesc.

Pas de grosse difficulté dans l’après-midi, nous parcourons la Drôme entre les collines et les champs de lavande qui embaumés l’air. Il n’y a que la dernière bosse qui sera interminable avec une longue montée sur chemin peu roulant en plein soleil. Après coup, je dirais même que c’était la montée la plus dure des trois jours, pas la plus longue, ni la plus pentue, mais un savant mélange de tout ça.

Le parcours se termine tôt, nous en profitons pour passer dans le centre de Buis-les-Baronnies, ce sera une glace pour certains, un burger pour d’autres, et je ne sais plus quoi pour moi, le vélo aiguise les appétits et permet de plus apprécier les petits plaisirs, une eau fraîche peur rapidement prendre la valeur d’un grand cru.

L’arrivée au camping se fait donc en fin d’après-midi, par chance, une piscine nous attend pour passer le temps. Comme la veille et le lendemain, le camping est réservé, le repas prévu, une fois le bivy déplié, il ne reste plus qu’à profiter une fois de plus de la douceur drômoise.

Juste un détail qui me chagrine en cette fin d’après-midi, juste avant d’arriver, un monument s’est laissé apercevoir, fier, droit, haut, presque menaçant, Pierre me le confirma, c’était le Mont Ventoux, le lendemain ce serait la première fois que je l’attaquerais.

Le Mont-Ventoux et le Luberon – 190 – 2880 m.

La dernière journée devait être la plus longue en distance et avec un Mont-Ventoux dans la matinée. Je l’avais aperçu depuis le Mont Lozère un mois avant, pour une fois j’allais m’y attaquer.

Après une petite bosse en guise d’échauffement, l’ascension démarre sur les pistes, d’abord raide, le chemin devient au fur et à mesure un faux plat montant, cela nous donne l’occasion de profiter des pistes gravel du Ventoux au mieux.

Une fois sur la route, nous sommes du côté Malaucène, il reste 10 km de montée jusqu’au sommet. Il est encore tôt, nous sommes sur la face Nord, j’ai encore en tête la même situation mais sur le Tourmalet. Sortant de pistes roulantes, la fin de l’ascension fut un calvaire, il est vrai que j’avais aussi 10 jours de Divide dans les pattes et 4 tendinites. Je ne traine pas et j’attaque la pente. C’est costaud quand même, ce côté est le moins régulier avec des pentes variant entre 8 et 14%. Pour la première fois à vélo, je décide de mettre les écouteurs. Je choisis une playlist rythmée et entrainante, il fait bon, le paysage se laisse apprécier, les jambes se relâchent et ça avance tout seul. C’est la première que je ressent cela comme ça, c’est plaisant, je suis dans mon rythme et je le maintiendrais jusqu’en haut sans souffrir, bien que ce soit de la route, pour une fois c’était agréable.

Nous nous rejoignons en haut en profitant de la vue et du plaisir d’avoir maîtrisé un monument du vélo. Il y avait une portion gravel possible pour la descente, mais il fallait soit shunter le sommet soit revenir sur nos pas en haut, la journée n’était pas fini, je suis redescendu par la route.

La descente est un délice, une longue glissage jusque Sault où nous nous arrêtons pour manger. Sur place je bois un café en mangeant une pomme et un sandwich en même temps, s’attaquer à un monument, ça creuse.

Après Sault, la température monte, une portion roulante nous emmène jusque Apt, il y a 190 km à faire dans la journée pour profiter de la soirée, il ne faut pas trainer. Le Ventoux s’éloigne bien plus vite qu’il ne s’approche.

La montée sur le Luberon qui devait être une formalité devient accablante. Il fait 35 degrés, la montée se fait par pallier avec des passages à 14% qui donnent l’impression d’en faire 24%. Arrivé en haut, je suis rincé, vide, les jambes sont au service minimum. Sur le haut du Luberon, c’est plus plat, l’ombre de la forêt est bienfaitrice. Marc nous parle du pastoralisme, de la faune et de la flore du massif, il joint l’utile et l’agréable.

Au bout du plateau, la Méditerranée se cache timidement derrière les Alpilles. Nous amorçons une descente gravel tortillante et technique sans être brutale.

Nous descendrons en suivant les vallons calcaires jusque dans la plaine de la Durance. Un crochet par Mallemort avec une pause ravitaillement sucré/salé/sucré. Le temps file et nous pressons le pas, nous sommes attendu au Domaine du Merle pour partager avec le directeur pour parler du métier de berger. Le parcours se terminera dans la plaine de la Crau avec ses fameux près réputés pour la qualité de leur foin.

Une fois sur place, quelques riders d’Arles Gravel nous on rejoint pour profiter aussi du début de soirée. Le directeur de la maison de la transhumance nous accueille et nous échangeons sur le métier de berger d’hier à aujourd’hui, les moutons, les patous et le comportement à avoir face à eux. Nous y apprendrons que les moutons élevés sont des mérinos. Je suis le premier étonné car je pensais que cette fibre très prisée aujourd’hui pour ses qualités était rare, mais non. C’est juste que les filières de production et de traitement de la laine ont été délocalisées et que cela reviendrait trop cher de relocaliser, cela pose beaucoup de questions.

La soirée c’est fini comme souvent dans ces moments là, des éclats de rire et des verres qui tintent dans la nuit, entourés des histoires, d’hier et de demain, d’ici et d’ailleurs.

Au final

La Grande Draille est un événement qui aura été très riche, de part son tracé, la qualité des échanges que j’ai pu avoir et les valeurs qu’il porte. C’est un des meilleurs événements bikepacking auquel j’ai pu participer, j’ai vraiment apprécié les échanges que l’on a pu avoir tout le long du parcours et le lien qu’il est est important de rétablir avec les paysages traversés. Le vélo en général, au delà du moyen de transport à se réapproprier, c’est notre loisir et nous ne sommes pas juste là pour consommer de l’espace, nous partageons cet espace avec d’autres qui ont aussi leurs pratiques. Il est indispensable de bien prendre en compte le vivre ensemble et de partager ces espaces qui appartiennent à personne et à tout le monde à la fois, le vivre ensemble plutôt que le vivre chacun juxtaposé à côté de l’autre.

Avec le bikepacking, la découverte et l’aventure arrivent au coin de la rue, c’est l’occasion de prendre le temps d’observer, de comprendre et de respecter les pratiques de chacun. La richesse de la Grande Draille vient de là, cela fait du bien de rouvrir les yeux sur notre environnement au sens de ce qui est autour de nous, l’exemple du mérinos est emblématique et montre bien que parfois des problèmes que l’ont croît lointains peuvent avoir des réponses proches.

Donc merci aux organisateurs de nous avoir un peu plus ouvert les yeux le temps d’un week-end sur un vélo, sans chrono, sans sponsor, sans marketing…

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