Sea to Peak, le retour

Depuis la présentation du matériel, il s’en est passé des choses et quasiment que des bonnes. J’ai ferais le compte rendu journalier de cette épreuve plus tard avec un peu de recul en complétant les résumés journaliers de FB.

La Sea to Peak, une course ?

Déjà il faut clarifier les choses, la Sea to Peak est une course, oui, mais non compétitive. Le terme de course est vague et large, en l’occurrence, il désigne l’action de parcourir un espace d’un point de départ à un point d’arrivée, comme une course de montagne ou une course glaciaire, sans chronométrage officiel, ni classement. Et je définis ça en accord avec Fred, le créateur de la Sea to Peak. Il y a bien un temps imparti. En partant le 17 ou 18 juillet, il était annoncé que nous devions arriver avant le 31 juillet à 21h, mais c’est surtout pour voir l’organisation qui s’en allait après. Toute personne qui arrive après cette dernière date en suivant l’itinéraire est officiellement finisseur ou finisseuse.

Donc la seule contrainte que nous avions c’est de finir en suivant l’itinéraire. Chacun.e aborde les choses à sa manière. C’est vraiment très lourd quand des participant.e.s se mettent la pression, mettent la pression aux autres participant.e.s et surtout à l’organisation en se croyant dans une compétition officielle, et même par des membres de leur famille, cela devient parfois déplacé et à la limite du harcèlement.

Et l’organisation ?!?

Fred grand organisateur souriant et ami. Le message du t-shirt est clair, pas de surprise à avoir !

Le tracé et l’organisation ont été nickel, les retours sont unanimes et les seuls qui ont été vraiment lourds sont ceux qui se sont crus dans les championnats du monde de la ballade, il n’y a ni classement, ni podium, ni prix, juste la récompense d’avoir réalisé un défi personnel en fonction de ses capacités. J’ai pas du tout apprécié rouler avec certaines personnes qui n’étaient dans cet état d’esprit, mais rassurez-vous, la plupart étaient forts sympathiques et pour une première, je trouve que c’est une vraie réussite et qu’il n’y a rien à reprocher à l’organisation. Il y a bien eu une modification de parcours en cours de route mais cela suivait la voie de la raison et en tant que participants nous étions informés en temps réel de l’évolution. La zone avait été annoncée comme difficile dans le guide du participant et au briefing, donc il n’y avait rien d’anormal, juste une décision de l’organisation, ça arrive sur toutes les épreuves et encore plus sur les premières, il faut savoir s’adapter, ce une des principales qualités pour réussir un tel événement que ce soit comme organisateur ou participant.

Ceci n’est pas une compétition

Après je n’impose pas ma philosophie, si je pars en singlespeed c’est aussi pour être à part et qu’on me laisse tranquille. Néanmoins j’ai énormément de respect pour celles et ceux qui pratiquent la longue-distance dans le but de faire des temps et de repousser leurs limites. J’admire par exemple le courage et la détermination de Sofiane Sehili qui au delà d’être un grand athlète, est aussi très sympathique, respectueux et doté d’un grand sens de l’humour. C’est un exemple à suivre.

Et donc…

« Les épreuves de bikepacking sont des épreuves individuelles qui se font en groupe »

Mike Hall

Après 18 mois de galère, j’ai autre chose à faire que de subir la pression des autres, j’ai donc abordé cette épreuve avec philosophie dans l’espoir de finir tout en ayant profité des paysages, des spécialités locales et des rencontres sur le parcours. J’ai été servi. Alors oui, comme je l’ai déjà entendu, si vraiment je veux être tranquille, je peux rouler seul dans mon coin. Je le fais, souvent, je pars régulièrement quelques semaines seul chaque année et je ne sais combien de week-end. Mais participer à une épreuve est aussi pour moi l’occasion de rouler avec du monde sur un tracé que je n’ai pas fait. Rouler seul c’est bien, cela peut-être plaisant et même thérapeutique, mais partager c’est pas mal aussi. Je vis seul et je travaille seul, je vois du monde dans mes sorties et es loisirs, donc là c’est pour moi l’occasion de faire des rencontres, de partager un bout de chemin pendant quelques heures ou quelques minutes. Bien sûr nous ne pouvons pas nous entendre avec tout le monde, il y a des affinités plus ou moins marquées. Et au delà des relations humaines, il y a aussi le rythme de roulage. En ultra, chacun.e roule à son rythme, s’arrête ou il/elle veut et le temps qu’il/elle veut. Parfois nous pouvons partager quelques minutes sur les chemins ou en pause et parfois se croiser, rouler ensemble et s’éloigner, se retrouver sur plusieurs jours. Du fait de n’avoir qu’une vitesse, j’ai un rythme qui m’est imposé, si je veux rouler moins vite pour rester avec quelqu’un moins rapide ou en montée, je ne peux pas changer de vitesse et je vais devoir forcer, et à l’inverse pour rouler avec une personne plus rapide ou dans une zone plu roulante je vais surmouliner et ce n’est pas l’idéal non plus. Donc durant les 8 premiers jours, j’ai roulé majoritairement seul. J’ai croisé pas mal de monde le premier jour et avec Fred Paulet de Cévenavélo et nous nous sommes souvent retrouvés jusqu’au 4e jour. J’ai un peu roulé avec Arnaud aussi et avec Antoine Fuf qui s’est mis à mon rythme durant une demi-journée, ce qui était assez sympa. Vu mon rythme des deux premiers jours, si j’avais continué comme ça, je serais resté seul et je ne l’aurais pas vécu de la même façon. J’ai ralenti ensuite pour me mettre dans le peloton, profiter et je ne l’ai pas regretté.

Le lendemain du bivouac commun, le petit-déjeuner à l’auberge du Col de Cabre

Pour vous dire, le soir du 11e jour, nous étions 10 concurrents, soit 1/4 des participants, Fred l’orga, Louis et Aubin de l’équipe média à nous retrouver au resto à Luc-en-Diois, c’était une soirée festive hors du temps qui s’est terminée sur un bivouac commun. Un moment mémorable de cette Sea to Peak.

Les cinq derniers jours, un petit groupe s’est formé par affinités et nous avons fini à 4, nous aurions été 5 sans la chute et la blessure de Mateo, mais il était dans nos pensées à l’arrivée.

Donc oui, j’ai adoré cette épreuve par son parcours et par les relations avec les autres participant.e.s. et les ami/organisateurs. J’ai adoré la relation avec mes camarades de galère, les liens que nous avons créé sont proportionnels à la dureté de ce que nous avons enduré, nous n’y avons pas joué notre vie non plus, mais nous avons développé un bon esprit de camaraderie qui aide à avancer dans la bonne humeur, merci à eux, Olivier, Mateo, Maximilien, Alex, Antoine, Arnaud et Frédéric.

Soirée de canicule mémorable à la Cyclerie

Les secrets pour réussir la Sea to Peak en monovitesse

Après ces 12 jours et quelques sur le vélo, j’ai bien pu cerner les conditions essentielles à la réussite d’une telle épreuve.

  • Ne pas croire que c’est impossible
  • Boire des bières régulièrement
  • S’arrêter tôt
  • Ne pas trop rouler de nuit pour voir les paysages
  • Ne pas mettre de réveil le matin
  • Ne pas se mettre la pression
  • Ne pas vouloir arriver trop tôt
  • Manger local
  • Favoriser les épiceries, les commerces, resto, hôtels indépendants, camping municipaux…
  • Profiter des paysages
  • Se baigner quand on en a l’occasion
  • Ne pas se mettre dans le rouge
  • Faire des rencontres

Bilan matériel : pas grand chose de mal.

Le vélo a été idéal pour cet Sea to Peak, je sais que je peux manquer de subjectivité car c’est moi qui l’ai fait, mais je ne l’ai pas senti de point négatif.

Le vélo s’est comporté à merveille sur cette épreuve. Il a été conçu pour la longue distance sur chemins et il remplit à merveille sa fonction. Il représente le bon accord entre la souplesse de l’acier, couplée à la fourche carbone, la rigidité des roues carbone, avec le confort et le rendement des pneus Panaracer. J’étais très à l’aise dans les chemins et en descente où je pouvais lâcher les freins et enrouler les virages. J’ai un peu joué au poker avec les pneus que je n’avais jamais roulé avant, ils ont été remarquables, je ne les ai percé que deux fois à l’arrière sur la bande de roulement en descente et les trous se sont rebouchés tout de suite avec le préventif. L’usure est raisonnable, la bande de roulement à l’arrière s’est un peu usée mais rien d’alarmant, je les inverse et c’est reparti pour 2000 km. Pour leur comportement, ils ont un bon rendement sur la route avec des crampons bas sur la bande de roulement, ils sont à l’aise partout sans être excellent mais ce n’est pas ce qu’on leur demande, donc idéaux pour moi pour une traversée comme ça. Ce que j’ai adoré chez eux, au delà de leur souplesse, c’est qu’ils préviennent avant de décrocher en virage, en le sachant avec l’expérience cela permet de les laisser un peu glisser avant de les reprendre, ça donne des bonnes sensations de pilotage et met en confiance. Il ne m’ont pas fait de mauvaise surprise sur le sec comme sur le mouillé. Comparativement ils ont plus d’accroche et sont plus que les Mezcal avec une résistance un poil en dessous.

Pour le reste, j’ai changé les plaquettes arrière qui n’était pas neuves après 1000 km, j’ai huilé la chaîne deux fois et je l’ai retendu une fois. Dans les problèmes techniques il n’y a que le support de GPS qui s’est cisaillé. Et juste après l’épreuve en redescendant vers la gare, j’ai le disque arrière qui est sorti de son logement. J’avais remarqué qu’il s’était desserré durant l’épreuve, mais comme c’est du Centerlock, on ne peut pas le resserrer correctement sans la clef, le seul problème de ce système de fixation.

Double singlespeed ou dinglespeed ?

Donc comme je l’avais évoqué, je suis parti en single avec deux ratios, je précise bien que je n’étais pas avec deux vitesses mais avec deux ratios. Pour moi ce n’est même pas un dingle, car j’ai fait 1000 km avec un ratio et 1000 avec l’autre, je ne changeais pas le ratio quand j’en avais marre, j’ai fait comme j’ai dit au départ, 1000 km avec l’un et 1000 km avec l’autre. Donc pour moi j’ai fait 2×1000 bornes en single et non 2000 en dingle, c’est important pour moi car ce n’est pas la même chose et si cela ne vous va pas, bas tant pis. Ben Hudson qui a fait la FD en double single aussi, n’a pas été embêté, je ne vois pas pourquoi on m’emmerderait. Je pense que l’effort fourni est déjà pas mal et soutenir que ce n’est pas du single ne rend pas l’épreuve plus simple.

Pour les sacoches, tout était nickel, la répartition était bonne, rien à dire sur la sacoche de selle, les autres sacoches prennent un peu l’eau après quelques heures. J’ai juste le filet de la sacoche avant qui s’est décousu me faisant perdre mon Leatherman, c’est dommage, j’y tenais. J’ai utilisé mon sac à dos de manière temporaire pour transporter ce qui ne tenait pas dans la sacoche.

Dormir dehors et s’habiller

Sur les douze nuits passées sur la Sea to Peak, j’en ai passé deux en dur (gite de randonnée à Laschamps et Hôtel à Murat), deux au CP dont une à l’intérieur à la Cyclerie, dans le canapé en cuir, et le reste dehors en camping ou en bivouac nature. Je me suis lavé/rincé presque tous les jours mais surtout les jours de chaleur pour enlever le sel sur la peau. J’ai lavé les chaussettes et le jersey deux fois et j’ai rincé le short trois fois, une fois lors de la baignade et deux fois sous la pluie. Concernant les températures la nuit, nous avons eu entre 4 degrés en Ardèche et 18 degrés les premiers jours. Cela laisse une large plage de température, j’étais content d’avoir mon duvet 4 degrés.

Pour les vêtements, les températures s’étalant de 6 à 40 degrés en journée, j’ai tout utilisé sauf la doudoune qui m’a juste servi après l’arrivée mais elle aurait pu me servir au bivouac. Le mérinos est vraiment fabuleux, même quand il fait chaud, à refaire je changerai juste le maillot, celui-ci est bien mais il remonte devant et c’est soûlant à la longue. Les chaussettes Supple Ridge nickel aussi, elles ont bien tenues et étaient idéales de ce temps là.

S’entraîner ou non ?

Bien sûr avancer et monter en singlespeed demande de la technique que j’avais déjà détaillé dans l’article sur la GTB après, cela demande aussi une préparation sérieuse. Même si je ne suis pas très rigoureux sur les entraînements et que je n’aime pas suivre de plan, j’ai quand même une routine que je dirais plus de maintien en forme que d’entraînement. J’ai eu pas mal de problèmes de dos (lombalgies, lumbagos à répétition, disques L4-L5 et L5-S1 écrasés) et de genou (syndrome fémoro patellaire, kyste poplité) et malgré tout, je n’ai plus de problème, ni douleur aujourd’hui. J’ai appris à mieux me connaître, cerner mes problèmes avec l’aide de spécialistes et les traiter avec des spécialistes pour pouvoir les gérer seul. J’ai appris beaucoup de choses, l’importance des étirements, maintenir une activité régulière et variée, savoir s’écouter, ne pas trop en faire, se renforcer chez un bon kiné et remettre en place chez l’ostéopathe quand c’est nécessaire. Cela n’est pas trop contraignant et relève plus du bon sens que de l’entraînement. Cela m’a permis de mieux me connaître pour être plus en forme et pour pouvoir finir cette Sea to Peak sans douleur ni fatigue excessive. Donc pour préparer cette Sea to Peak, j’ai maintenu ma routine d’activité, soit m’étirer régulièrement, courir 10 km par semaine, rouler quand j’en ai envie et comme j’en ai envie et faire une sortie longue par mois. Et pour le spécifique singlespeed, j’ai beaucoup roulé en fixe avec un ratio plus gros (2,25 et 2,5) et en single en long en 2 ou 1.9 de ratio. Et il y a eu pas mal de renforcement musculaire du haut du corps pour être gainé afin déjà de préserver le dos et aussi pour transmettre au mieux la force aux pédales et pour pouvoir mieux tirer sur le cintre, ce qui est une aide conséquente avec le travail technique de tirage/poussage qui sollicite le haut et le bas du corps.

Durant l’épreuve j’étais énormément à l’écoute de mon corps. Lors de la FD je termine avec 4 tendinites du fait d’une mauvaise gestion, là, rien. Je me reposais quand je sentais que mon dos commençait à tirer et je m’étirer quasiment tous les jours, un jour le bas du corps, l’autre le haut. J’ai juste eu une petite douleur l’avant-dernier jour aux lombaires, mais c’est passé.

Histoire de fesses

Ensuite sur les petits pépins physiques, pour les histoires de fesses qui vous passionnent, ce n’est jamais top top. Avec le cuissard Assos et la selle SQlab ça se passe bien en gérant, mais je dois toujours garder l’oeil pour éviter l’infection d’une folliculite. Avec la Betadine en gel, je désinfectais tous les soirs et un peu de Cetavlon le matin les trois premiers jours puis quand je sentais un inconfort. C’est bien mais pas parfait au niveau des ischions. Pour avoir roulé sans cuissard le dernier jour, j’ai bien senti qu’il y a un frottement désagréable sous mes ischions. Donc la configuration est bonne et je pourrais garder celle-là, mais je pense quand même investir (c’est le mot) dans une selle Infinity ouverte sous les ischions pour vois ce qu’il en est. A suivre. Ensuite il y a juste lors de la grosse matinée de pluie, avec l’eau projetée et celle qui coule sur la veste, j’ai eu une petite irritation sur le haut des fesses, avec un peu de désinfectant et du Cetavlon, j’ai retrouvé une peau de bébé.

Faire des mains et des pieds

Pour les autres points de contacts qui peuvent poser problème, il y a les mains et les pieds. Les pieds ont surtout souffert de l’humidité, les Fizik sont excellentes pour rouler et marcher, j’ai une bonne transmission de puissance dans un cas et je ne sens pas la cale dans l’autre. Le seul défaut et qu’une fois que l’eau rentre, elle sèche difficilement. En les séchant bien aux pauses et la nuit, c’est gérable pour éviter les pieds d’athlète qui donnent des sensations de brûlure. Pour les mains, bien que je n’ai plus de problème depuis 2018, j’ai été trop confiant en partant avec une poignée et un Spirgrip mal réglé. Au bout de deux jours, j’avais une grosse compression du nerf ulnaire… Après des réglages et l’achat de nouvelles mitaines à la Cyclerie, c’était mieux, au fil des jours en faisant des étirements sur le vélo, j’avais déjà retrouvé des sensations. C’est un problème très désagréable qui touche le petit doigt et l’annulaire et qui peut avoir des conséquences à long terme.

Pour le reste, à part les piqûres de moustiques, guêpe et frelon, le coup de soleil sur le nez et un peu de vernis en moins, tout s’est bien passé.

« Et t’as quel ratio ?? »

Pour repondre à la sempiternelle question, j’avais donc un ratio de 1.9 puis un ratio de 1.7. Après coup j’aurais pu tout faire avec le 1.7, c’est un ratio souple qui permet de rouler jusque 10% de pente sur route et 8% en chemins et à 22 km/h sur le plat. Avec celui-ci j’aurais été plus limité dans la première partie mais cela m’aurait permis de m’économiser pour la suite. Parce que une fois que je suis passé au 1.7 j’ai bien pris mon rythme et bien qu’étant en terrain montagneux, je n’ai pas l’impression d’avoir plus marché que la moyenne des autres cyclistes. Car oui j’ai marché et même si cela peut être une honte chez certains, veuillez ravaler votre fierté mal placé, ce n’est pas une honte de marcher en poussant son vélo, c’est même indispensable parfois pour gérer et ne pas s’exploser.

Gestion de gestion

La bouffe

A force de pratiquer, on commence à se connaître et à bien gérer niveau bouffe, avec le boulot et mes journées de terrain cela devient encore plus naturel. Lors d’épreuves telle que celle-ci, nous pouvons consommer plusieurs milliers de Kcal en une journée, et au delà d’une certaine limite, il est difficile de pouvoir refaire les stocks, nous passons alors en ratio négatif. À partir de là nous allons perdre du poids, les muscles vont avoir du mal à récupérer et les performances vont baisser de jour en jour avec une fatigue proportionnelle. Cela peut se tenir sur quelques jours tant que le ratio apports/dépenses n’est pas trop déséquilibré, mais si il y a trop de déséquilibres cela peut mener à des blessures et surtout une récupération plus difficile.

Là j’ai pas mal gérer mon effort pour ne pas me mettre dans le rouge pour plusieurs raisons, déjà pour profiter (cf plus haut) et ensuite pour finir dans de bonnes conditions car ce sont avant tout mes vacances, et après cela je repars au boulot et, étant indépendant, je ne peux pas me permettre de ne pas travailler, surtout que je retourne en montagne 10 jours après l’arrivée. Donc j’ai gérer pour être le mieux possible sur les derniers jours et à l’arrivée. J’ai mangé régulièrement, en petite quantité en variant l’alimentation, en baissant l’intensité sous la chaleur et sans trop pousser sur les journées.

Cela s’organisait de la sorte, le matin je mangeais un fruit et 50 cl de jus de fruits, 1h30 après je mangeais des biscuits ou barres de céréales. Dans la matinée, en fonction des ravitos, je prenais un petit-déjeuner café-jus de fruits-viennoiseries et je prévoyais pour mon repas du midi (sandwich-soda-dessert pour plus tard) si pas de ravito le midi. Dans l’après-midi, je remangeais un fruit, puis mon dessert. En milieu d’après-midi, ravitaillement, thé glacé, diabolo, fruits…Il faisait souvent chaud et les fruits étaient bienvenus. Au même moment, je commençais à regarder pour le lendemain matin (fruits, jus de fruit, biscuits) et la pause du soir si il y avait un resto qui tombait entre 19 et 21h, si non je prévoyais pour le diner et de quoi grignoter au bivouac et rebelote.

C’est une présentation simplifiée qui montre l’essentiel mais qui est assez proche de la réalité. Je fais beaucoup en fonction des envies (fruits, salés…) et j’anticipe toujours pour ne manquer de rien, j’ai souvent 1/2 journée à une journée d’avance dans ma sacoche. Je n’ai jamais manqué de rien et je termine sans avoir trop faim après les journées de vélo et surtout après l’épreuve, j’ai presque pas perdu de poids, ma barbe a poussé normalement, j’ai même l’impression d’avoir pris du muscle, modérément.

Et l’eau dans tout ça.

Entre deux bières, je buvais un peu d’eau, très peu 😉 Pour l’eau, globalement il y avait de l’eau régulièrement voir très régulièrement, et en dehors des plaines et la visite des cimetières, dans les massifs montagneux, il y a souvent des fontaines potables. J’avais 2 litres d’eau sur le vélo mais j’ai rajouté un bidon à Poitiers pour pouvoir transporter des boissons sucrées qui font aussi du bien en route. Les 2 litres d’eau sont pour moi un minimum pour avoir l’esprit tranquille, sachant qu’on consomme, en moyenne 50 cl par heure, cela laisse 4h d’autonomie plus 2h avec mon bidon supplémentaire, ce n’est pas déconnant sur des journées de 12h de vélo. Je peux ravitailler deux fois par jour et rouler l’esprit libre, même si je peux bien sûr ravitailler plus souvent, cela me permet de minimiser les pauses et d’être plus régulier. Lors des journées de grosses chaleurs, je m’arrêtais un peu plus souvent sur les points d’eau, mais c’était surtout pour me rafraîchir et faire baisser la température. Être contraint de m’arrêter juste pour un manque d’eau me dérange, donc j’évite.

Sinon à refaire je ne prendrais pas de camelbak, malgré le léger gain de poids et l’avantage du volume embarqué, c’est moins pratique pour boire et pour remplir. Le niveau d’eau est plus difficile à voir et on ne peut pas s’arroser. L’avantage des deux bidons d’1 litre est la flexibilité avec une bidon de boisson sucrée et un d’eau et selon le parcours je compléterai avec une gourde souple pour les déserts d’eau ou le bivouac.

La fée électricité

Malgré l’expérience, ma gestion électrique a été catastrophique, je termine avec toutes mes batteries à plat sans possibilité de recharger. J’ai fait l’erreur de partir avec des connectiques usagées et je l’ai payé. Sur la liste des choses à acheter avant de partir il y avait en tête des nouveaux câbles pour la batterie et le téléphone mais je me suis dit « mooooh ça passe », erreur. J’avais deux câbles microUSB et un d’Iphone, j’ai un câble microUSB qui a lâché en route et le câble de téléphone avait une mauvaise connexion, sans parler de ma batterie externe qui marche très bien mais les connectiques ayant pris du jeu, en roulant cela chargeait à moitié au début puis plus du tout le dernier jour. Donc au bout d’un moment, le téléphone ne pouvait être chargé qu’aux pauses, la batterie que sur secteur et le GPS que quand la batterie n’était pas en charge… J’arrive à terminer avec tous mes appareils, mais mon GPS s’éteindra juste après l’arrivée, avec la batterie à plat et le téléphone dans ses dernières heures. Il ne fallait pas une journée de plus. C’est à mieux gérer pour les prochaines aventures.

La question du budget

Participer à une telle épreuve à un coût et sachant que je regarde très peu à la dépense pendant le voyage, les dépenses peuvent-ils être conséquentes. Donc sans prendre en compte le vélo, le matos et les accessoires, j’ai de chez moi à chez moi

  • Bouffe et resto : 653,53 €
  • Hôtel et camping : 255,68 €
  • Trains : 306 €
  • Espèce : 160 €
  • Total : 1375,21 € sur 18 jours soit 76,40€ par jour

Le mental et le physique, comment manger un éléphant.

Lorsque j’ai abordé cette Sea to Peak, dès le départ je savais que j’allais arriver à Saint-Véran, je le sentais au plus profond de moi. J’aimerais bien vous dire ça mais ce serait complètement faux. Les premiers jours en général et le premier jour en particulier ont été très difficile psychologiquement.

Pour l’aspect physique, c’est le moment où je prend le rythme. Les trois premiers jours permettent de prendre la température, de savoir si nous sommes prêt physiquement. Il y a bien sûr des hauts et des bas, voire des très hauts et des très bas, mais avec l’expérience nous savons que c’est toujours passager, qu’il faut faire avec, ralentir, au s’arrêter, manger, faire la sieste, se changer les idées, lire les messages d’encouragement au pire prendre un hôtel, une douche, une nuit en dur. Ça passe toujours. C’est aussi le moment de prendre le rythme au niveau alimentation et digestion, les premiers jours peuvent être difficiles mais, pour ma part, le matin du quatrième jour, je suis dans le rythme et, en gérant, j’ai mon rythme et je peux continuer sur la lancée. Pour les fesses pareil, après 3 jours sans gros problème, c’est bon.

Pour le mental c’est une autre paire de manche, personnellement durant le premier tiers d’une épreuve, c’est une énorme lutte intérieure. Je suis toujours partagé entre l’envie d’avancer et le doute. Il ne faut pas laisser de place au doute. Le doute de ne pas y arriver, ne pas en être capable, partager entre la fainéantise et le courage, pile au milieu, à faire l’équilibriste. Une partie de moi cherche toutes les raisons pour ne pas continuer, élabore des stratagèmes, cherche des problèmes, physiques, mécaniques, extérieurs pour arrêter là, choper la première gare, retourner chez moi, retrouver mon petit confort. « Regarde on est bien là à rien faire, c’est confortable » « Petit problèmes aux fesses, il faut s’arrêter, tu peux pas continuer » « Le GPS bug, c’est fini, c’est pas grave, on le fera une autre fois ». C’est la même partie qui m’a empêché d’arrêter de fumer pendant 21 ans, qui me retiens dans mon lit le matin, qui me dit de ne pas aller courir ce soir parce qu’il pleut…. Et une autre partie de moi déjoue les plans de la première partie, retrouve le courage, l’envie, prend le taureau par les cornes, te dit que tu vaux mieux que ça, te dis que t’es courageux et que tu peux sortir le meilleur de toi, pour toi et personne d’autre, que t’es capable de faire ça et bien plus encore, que t’en a chié pour arriver jusque là, que tu t’investis depuis des semaines et des mois au niveau professionnel et personnel, des sacrifices, des choix pour y arriver et ne pas baisser les bras, tu peux y arriver, tu vas y arriver, tu t’es donner les moyens, maintenant fais-le et profite.

C’est toujours passager, parfois pas agréable du tout, mais la réussite repose surtout sur la capacité à dépasser ces phases de crise psychologique pour éviter la fracture au mental. Il y a des solutions qui peuvent aider quand même, déjà arriver reposé est un bon début, régler ses problèmes avant de partir ou ne pas en avoir, être positif, rouler avec d’autres et discuter, manger des bonbons ou une sucette sont aussi des bons remèdes pour moi. Mais le fait que cela arrive (m’arrive) dans le premier tiers peut-être aussi le symptôme d’un départ trop rapide, un trac du départ difficile à évacuer, un manque de sucre et surtout un tâche trop grande à appréhender. Faire 2000 km est un gros défi et comme je le dis souvent pour les autres, comment on mange un éléphant ?? Une bouchée à la fois, c’est pour ça que je découpe mes journées en fonction des points de ravitaillement et que mon roadbook m’aide beaucoup à cela. Il y a aussi dans le dernier tiers la période de lassitude, je suis presque au bout mais pas encore, c’est surtout le matin ou j’en ai ras le bol de replier mes affaires, dégonfler mon matelas, souvent c’est que le matin, en journée j’ai la rage de finir, ce dernier tiers est le meilleur après celui du milieu qui est une transition douce entre les deux, je suis dans le rythme encore frais, pas loin des deux bouts mais de plus en plus proche du dernier.

Voilà donc pour ce retour à chaud de tout ce qui est vécu en dehors des résumés quotidiens. Mais pour encore me répéter, ce que je retiens le plus ce sont les moments de partage avec les autres participant.e.s, il n’y a pas que ça, mais ils s’équilibrent avec les moments seul, c’est aujourd’hui ce que je viens chercher sur ce genre d’événement car c’est ce qui me fait le plus vibrer après le plaisir pur de rouler à vélo dans des paysages variés. C’est est à l’origine de bons souvenirs et d’amitiés qui se renforcent ou qui naissent. Maintenant que cette Sea to Peak est terminée je sais que je n’y retournerai pas pour pouvoir profiter des autres épreuves, c’est dommage surtout car j’adore les organisations de Fred et croiser les copains Louis et Aubin de l’équipe média, mais je m’étais promis que si je réussissais ces 2000 km en singlespeed sans problème, je m’engagerai sur le Tour Divide et j’ai bien l’impression de ne pas avoir eu de problème…

2 commentaires sur “Sea to Peak, le retour

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